[Plan du Site] -> Accueil
Notre librairie vous présentera prochainement un nouveau site Internet mis à jour, géré par 1001 libraires (cf. www.1001libraires.com ). En attendant, voici nos premiers conseils en cette très riche rentrée littéraire 2011 :
Des vies d’oiseaux, Véronique Ovaldé, éditions de l’Olivier Véronique Ovaldé nous emmène à Villanueva et à Irigoy, quelque part en Amérique du sud, peut-être en Colombie, peut-être ailleurs, rien n'est indiqué de certain mais une indication anodine est qu'on y boit du maté. Le réalisme et l'imprécision mêlés contribuent à nous perdre agréablement au royaume de la fiction. L'enquête d'un flic solitaire nous plonge dans des univers aussi éloignés que peuvent l'être une villa chic de Barbie et Ken version sud américaine sur les hauteurs et le village bidonville en contre-bas. Sous les dehors caricaturaux des personnages, une profusion de détails témoigne de l'acuité d'un regard tout en finesse. J'ai très vite été happée par le récit vif, cousu d'observations justes et malicieuses sur les personnages. Il y a toujours un peu d'humour, ne serait-ce qu'en filigrane pour dédramatiser les situations dans lesquelles les personnages semblent enlisés, parfois durement. L'écriture est précise, sensible, audacieuse, souvent poétique mais sans ostentation. L'action, la narration sont privilégiées à de longues descriptions. Une extravagance y affleure parfois d'une manière très « ovaldienne », elle est part des personnages, part naturelle de l'irrationnel en eux, part de la vie donc part du récit. J'aime beaucoup. Des vies d'oiseaux raconte comment l'attirance, l'amour pour un être qui semble sans lien avecl' univers social et culturel de départ peut déjouer les liens semblant définir la vie comme un destin. Résolument optimiste. |
|
Comme une ombre, Michel
Schneider, éditions Grasset Comme une ombre de Michel Schneider, c’est l’histoire de deux frères, Michel et Bernard Forger, qui se haïssent presque autant qu’ils s’aiment, qui se cherchent et se fuient, qui se perdent, se retrouvent pour mieux se perdre de nouveau. Ils passent leur enfance et leur adolescence à Melun au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ensemble, ils écoutent de la musique, vont à la piscine, au cinéma voir des films de guerre américains. Mais la guerre devient réalité : Bernard, l’aîné, est enrôlé dans la guerre d’Algérie. Il en revient plus meurtri et insaisissable que jamais, sombre dans l’alcoolisme et meurt prématurément (est-ce un suicide ?). Pendant ce temps-là, Michel a fait de brillantes études, est devenu écrivain et musicologue, sans cesser cependant d’être hanté par son double, son ombre, son frère traître et trahi. Trente ans après le décès de Bernard, Michel se lance dans une enquête sur son frère disparu et, du coup, sur son propre passé. Il déniche quelques photographies, quelques lettres, des disques, interroge la belle et mystérieuse L., grand amour de Bernard. Mais en dépit de réminiscences suscitées par des morceaux de musique et par la sonorité de certains mots, sa recherche du temps perdu ne débouchera sur aucun temps retrouvé… On reconnaît dans "Comme une ombre" des thèmes et des figures que Schneider avait déjà superbement évoqués dans ses précédents ouvrages : les poètes et compositeurs romantiques (Schumann en particulier), l’amour maternel, la dépression, le deuil,… Mais ce livre est sans doute son plus personnel. Habilement composé (le récit est tantôt à la première personne du singulier, tantôt à la troisième), c’est un roman sombre et poignant, plein de brutalité, de sensibilité et de mélancolie. |
Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Thomas Vinau, Alma éditeur Il est composé de dehors et de dedans, du "dehors du dedans" et du "dedans du dehors", pour être précise, ce tout petit grand livre. La première partie nous parle de voyage, la seconde de vie « à la maison », deux faces d'une même manière de vivre. Nous sommes tout de suite dans les sensations, les notes de carnet. Tout de suite dans la capture de l'éphémère, de tout ce qui est anodin et fort, d'odeurs de café, de façons de serrer la main, de prêter attention à autour et autrui. J'ai aimé cette première partie surtout pour la sensation du voyage, j'avais l'impression d'être dans la poche de Walter même si je n'ai rien à voir avec l'oisillon devenu son compagnon après l'avoir sauvé au cours d'une bataille d'oiseaux quelque part dans un pays flamand. Tout de suite dans la capture de ce qui s'envole, de ce que l'on ne pourra retenir qu'à travers des mots car tout est déjà passé, dans ce voyage essentiel, inévitable mais qui permet aussi de se rendre compte à quel point il a besoin de celle qu'il aime, point fixe auquel il envoie des lettres, notes, poèmes. Dans la seconde partie, « il » dit « je ». Il est auprès de celle qu'il aime, le ventre s'arrondit et l'enfant est bientôt là. Les notes continuent à se prendre par petits paragraphes, tout ce qui vaut la peine d'être vécu est écrit, tout ces menus riens qui rythment l'existence, qui confinent parfois au vide. La façon de réveiller le feu dans l'âtre est magiquement retranscrite, j'avais l'impression d'être « je » ranimant la braise tout en lisant, de même que j'avais l'impression de voyager en même temps que Walter dans la première partie. Cette seconde partie, « le dedans du dehors » est toute « intérieure », l'on y sent peut-être davantage que dans la première la fragilité mêlée de force du narrateur, la conscience des moments précieux mais aussi la peur de la perte, la peur de mourir, l'ombre des disparus. Avec beaucoup de sensibilité et de poésie, la joie et la douleur de vivre nous sont données en partage à travers tout ce qui est menu. Une nouvelle maison d'édition pour un livre musical. |
La lanterne d’Aristote, Thierry Laget, éditions Gallimard Dans son dernier roman "La lanterne d'Aristote", Thierry Laget, par ailleurs fin connaisseur de Proust et de littérature italienne, met en scène un riche lettré qui accepte de s'occuper de la bibliothèque du château de la comtesse Azélie. Il va alors côtoyer de nombreux personnages hauts en couleurs et être confronté à toutes sortes de mystères, de silences, de rebondissements. Brillant, émouvant, drôle, magnifiquement écrit, "La lanterne d'Aristote" se dévore à la fois comme le plus divertissant des romans et comme une réflexion profonde sur le genre romanesque lui-même, sur la lecture et la littérature. Une merveille ! |
|
|